mardi, septembre 01, 2009

bouge Ton corps

il se met debout tout seul en s’appuyant sur cette chaise en plastique vert et violet, qui fait de la musique. Il se déplie comme un accordéon, il y va avec le bout des doigts, qui s’accrochent très fermement, il pousse des petits cris, parfois il rit, parfois il pleure, mais il le fait, content ou pas, il veut le faire, il pousse avec sa tête, il s’appuie souvent avec sa tête, quand ça lui prend de se verticaliser, ses pieds glissent, il se retrouve d’abord à genoux et il a du mal à déplier la jambe pour pousser sur le pied, mais il continue, il se colle un peu comme un vers à la chaise, et avec les bras, principalement, il se hisse, jusqu’à ce que ses pieds trouvent un appui suffisant. Il bouge, il rampe, il se met debout, il avance en piétinant quand on lui donne les mains, avec cette drôle de gestuelle pas équilibrée des touts petits. Avec en plus cette drôle d’habitude d’oublier, un pied ou une main, il avance sans assurer ses appuis, il bouge comme un crabe, de travers, comme un animal trapu et culbutant, avec des éclats de rire, des éclats de voix, il lance ses pieds mollusques, ses mains qui pincent, il bouge,

écrit le 13 mai, à 17h49

J’ai encore rêvé de lui, encore et encore, ça doit faire la dixième fois en un mois, peut-être plus. Il est là, presque toutes les nuits, on se parle peu, on se touche, il m’a fallu du temps pour le remarquer, un peu, il est toujours aussi grand, pour me dire au matin, il ne fait pas grand-chose, il n’est pas méchant, tiens, j’ai encore rêvé, ni gentil, de lui, il ne prend pas tellement de place. Il avait complètement disparu, je rêvais de formes, c’était facile, peut-être de couleur, et le revoilà, comme un vieux fantôme, courtois mais insistant. A un moment, je ne rêvais plus.
Il chante parfois, pas toujours, avec sa guitare, il me prend dans ses bras, une fois, je crois qu’il m’a même embrassée. Un peu distraitement, ou vite, il ne s’appliquait pas, et moi non plus. Mais ce n’était pas ça le but, le but des visites, tiens, oui, pourquoi. La nuit, il revient la nuit, puisque je ne lui laisse pas d’accès le jour, retour du refoulé, donc c’est lui, mon refoulé, à nouveau, il est pas mal, ça pourrait être pire, il a une bonne tête ce refoulé, assez sympathique, un peu mal coiffé, et, à part ce baiser probable mais pas inoubliable, rien à dire, il se conduit très bien.
Mais qu’est-ce que je vais faire de lui, qu’est-ce que j’en ai à faire de lui, apparemment, il a une place, un peu particulière, par ici et par là, il revient sans cesse, je l’aime bien, malgré tout. Je me demande s’il rêve de moi, lui aussi, comment ça marche ces trucs-là, si ça se trouve, il y a vraiment des ondes, la force d’attraction, et tout le reste, il y a peut-être vraiment quelque chose, je l’enfouis d’un côté, il ressort de l’autre.
Je suis presque tentée de lui écrire, pour lui demander, comme ça, s’il a déjà rêvé de moi, ou pas, par curiosité, ou jamais, qu’on sache, s’il a déjà pensé à moi, depuis toutes ces années, ou si jamais. Quand je l’ai revu, j’ai vraiment eu l’impression que c’était devenu, on pouvait se regarder, on n’avait pas besoin de se toucher, tout était fini, on a même parlé plusieurs fois ensemble, et j’étais intriguée, comme ça, un sentiment de légèreté, je n’avais aucun soupir dans la gorge, aucun tremblement entre les côtes, je l’écoutais, j’avais une sorte d’attitude bienveillante, c’était donc lui, et moi, je voyais tout ce qu’il y avait derrière son assurance, une certaine nervosité, une petite vulnérabilité, qui venait d’où, je ne sais pas, je le regardais en coin, des gestes amples, on pouvait déceler, des petits sourires, peut-être du désir, tout ce qu’on pouvait voir, bien caché, en le regardant, mais en détail, je voyais d’autres détails, qu’il cachait peut-être quelque chose, presque sans effort, il était touchant, je ne lui en voulais plus de m’avoir tellement parasitée. Je ne lui en veux plus, c’est nouveau, je lui en ai tellement voulu d’être cet homme-là, pile celui-là, le jour, à ce moment-là, avant je rêvais de lui en plein jour, dix ans plus tôt, ça aurait tout changé, il était partout, pas le choix, pile en face, et pas au bon endroit, pas dans mes bras, dans les siens, avec les miens pleins, et lui, et moi, l’un derrière l’autre, qu’il reste dans ses bras, il y est très bien.
Je ne lui écrirai pas, je ne soupire même pas, je me coucherai ce soir, il peut venir pendant la nuit, je ne lui en veux plus, qu’il vienne, est-ce que c’est bien lui ? Un peu, pas complètement, ce n’est qu’une toute petite partie, tout dépend, mais je ne le saurai jamais, peut-être qu’il rêve aussi de moi.

dimanche, août 02, 2009

t en machine

t passe une rmn vendredi, ça s’appelle aussi une irm, et ça se passe à l’hôpital, dans une machine qui émet des coups sourds, sa sœur dit qu’elle ne veut pas qu’on le mette dans une machine à laver, à cause des barbapapas, il s’en fiche, la confiance des petits enfants, l’impuissance des petits enfants qui suivent leurs parents, quoi qu’il arrive, il va rentrer dans la machine, agen, endormi, on lui a réservé un box pédiatrique, dans les barbapapas il y a un robot qui nettoie tout et qui finit par rentrer dans une machine à laver dont le roulis le réduit en morceaux. Les images mentales des petits enfants, les associations d’idées, la machine est très grande et très longue, nous étions à l’hôpital lundi matin, pour un rendez-vous manqué, il n’y avait pas de box pédiatrique, on a vu la machine vide, des pions sur un plateau sans mode d’emploi, toujours un peu décalés par rapport à cette fichue obsession médicale, avec l’enfant en bandoulière, on ne peut pas laisser tomber le bébé, alors on le neurobserve, il se laisse faire, le bébé s’en fout, il écoutait les coups de la patiente précédente, il aime tellement les tambours, il aime bien la neurologue, les parents la prennent en grippe, mais le bébé continue à lui sourire, il se méfie un peu quand elle le secoue et qu’il se cogne la tête, c’est un exercice sur les mouvements de protection innés, ce bébé ne se protège pas bien, les parents s’énervent un peu, qu’on laisse le bébé tranquille, mais ils continuent à venir, que le bébé ait toutes ses chances, même si lui, il n’en a pas besoin, de quoi a-t-il besoin, se demande la mère, en le regardant, le bébé est toujours très content, sauf quand il a faim, il garde ses mains le long du corps, mais moins, moins qu’avant, il avance pour saisir des objets, il les porte à la bouche, il suçote les bras et les jambes qui passe à portée de sa bouche, il mordille maman qui le porte, maman dit non, qu’il ne faut pas, ça le fait rire, il essaie de mugir pour faire la vache, on a l’habitude de l’observer, pour dresser la liste de ses compétences, il n’y en a jamais assez, enfin, ce sont les parents qui râlent, est-ce qu’on ne peut pas le laisser tranquilles, entre deux rendez-vous, lui il grandit, il fait des moues, il mâche des clefs, il mange les livres, et son cerveau dans tout ça ? autant aller y jeter un petit coup d’œil, la science a des envies d’imagerie à résonance nucléaire te concernant, ça fait des tâches sur des calques épais, un cerveau, la neurologue peut faire une facture et donner quelques avis, pendant que l’enfant bave en lançant le cri de la vache, ou du chien, l’enfant s’en fout, son cerveau imprimé sur du calque épais, il a deux yeux, magnifiques, une bouche, adorable, des oreilles, délicates, des mains, agrippantes, les pieds, recourbés, il se tient droit, puis il s’affaisse, il rit, il n’a pas peur des machines à laver, par contre il pleurniche devant la mer quand il y a des vagues, et il lance un regard noir quand quelqu’un utilise le mixer, il a un cerveau dans une tête, deux joues, il aime les balles, les petites, et les très grosses, il roule sur lui-même, il veut marcher et qu’on lui tienne les mains pour ça, il sera comme un coq dans le box pédiatrique, avant l’examen, sa mère à ses côtés, agen encore, pour quelques heures, ça fait du bruit un bébé agen, pourquoi il va à l’hôpital, il n’est pas malade, il faut faire cette photo dans sa tête, on explique à la grande sœur qui pose des questions,

lundi, juin 22, 2009

faire l'histoire

Elle a perdu son téléphone, à cause d’un des ânes, enfin, pas directement, mais cet âne était rétif, ce soir-là, le soir où elle avait oublié son téléphone quelque part, et, à cause de l’âne, à cause de toute cette énergie déployée pour faire bouger l’âne, elle n’avait plus pensé à vérifier ses affaires, avant de prendre la route. C’est une maison de week-end, elle devait rentrer à paris, elle était fatiguée, pressée, mais quand elle s’en est rendue compte, elle s’est arrêtée le plus vite possible. Elle, sans téléphone, ce ne serait pas possible, elle devait y retourner. Et son mari, s’il s’inquiétait, il risquait de s’énerver, il avait sûrement essayer d’appeler. Il avait l’habitude, mais ce n’était pas une raison, même quand c’est trop tard, il était toujours temps. Elle devait lui téléphoner, il était à peu près onze heures trente, que je raconte bien, pour lui dire qu’elle avait oublié son mobile, à cause des ânes, elle s’est arrêtée sur une aire d’autoroute, une heure pour le faire rentrer dans l’enclos, elle a rencontré une marocaine, qui lui a prêté son appareil, si son mari voulait bien la rappeler dans une heure, pour qu’elle l’entende sonner, fichu âne. On me dit toujours tu dois écrire ces choses-là, mais c’est compliqué ces histoires, qui se soucie d’une femme qui possède une maison en Normandie, deux ânes, un mari, trois enfants, un appartement à Paris, et un téléphone ?
Le mari a refusé, excédé, encore une histoire d’âne au téléphone, mais la marocaine était gentille, avec elle, il était servi, elle appellerait, elle, une heure plus tard, pour l’aider, lui, il en avait marre, la marocaine était vraiment sympa, c’est la seule solution, on ne peut pas retrouver de si petits objets, je pensais que tout était à cause de l’âne, ça aurait fait une boucle, mais non, ça n’avait rien à voir, l’âne l’avait retardée, c’était tout, le téléphone, il était resté dans les toilettes, il faut absolument que tu le racontes.
les ânes, c’était un problème, elle insistait, il fallait les cravacher pour les faire bouger, ils n’écoutaient rien, mais ils mangeaient de l’herbe, et ça, c’était ça son but, rien à voir avec le téléphone proprement dit, que les ânes broutent, à cause de toute cette herbe, mais son téléphone avait disparu, et les ânes n’avaient pas tellement brouté, elle était déçue, et fatiguée, heureusement, la marocaine avait promis d’appeler, elle faisait demi-tour, elle retournait à la propriété, pas un mot sur les ânes à ce stade de l’histoire, elle rentrait dans la maison, et cherchait, elle s’arrêtait pour écouter. C’était à peu près l’heure où la marocaine avait dit qu’elle appellerait, mais elle n’entendait rien, pour le moment. Elle avançait partout dans la grande maison toute en longueur, enfin, pas si grande que ça, mais si longue, une maison normande, avec des pièces en enfilade, un étage, des chambres et des chambres, quelques salles d’eau, les dalles disjointes, des fenêtres, la plupart sur le jardin. Les ânes devaient dormir, maintenant, mais elle ne pouvait pas les voir, il faisait nuit, et de toutes façons, l’enclos est derrière les garages, la maison donne sur une grande allée, et une pelouse, pas sur les enclos à ânes. Elle l’a entendu, son téléphone sonnait, il faut absolument que tu racontes ça, merci, si tu as besoin de moi, il fallait dire quelque chose à la marocaine, il était dans les toilettes, tu as mon téléphone, elle a raccroché, la marocaine aussi. Ce rôle de raconter, plus on veut me le faire endosser, c’est comme les ânes, je ne bouge plus, et je me mets à braire,

lundi, juin 08, 2009

la mariée était en gris

Elle était plutôt petite, et lui, pas si grand que ça non plus, pas vraiment petit, mais d’une stature plutôt discrète, comme elle, avec un mariage très neutre, des discrets, le plus beau des mariages neutres, le gris, c’est une couleur, quand on veut bien se mettre au gris, voilée, ils l’ont fait, surtout elle, même son voile était gris, il était habillé en noir et blanc, une longue robe, les touts petits trous du voile à travers le fil gris, leur mariage était d’une très grande discrétion, on ne voyait pas ses jambes, l’anti-mariage, juste ses bras, comme Malraux a écrit des anti-mémoires, une manière inattendue, sans oublier les larmes et les sourires, de célébrer dans les détails et en champagne, aussi mesurés en larmes et en sourires, sans bruit, avec juste ce qu’il faut de couleur, chacun pouvait bien en ajouter un peu, (il y avait aussi de la musique, mais sans bruit), c’était parfait, pas trop, pas trop de bruit, des mariés qui ne jettent rien dans les yeux, quelques grammes de mariée, elle était comme une plume dans cette robe, des chaussures grises souris vernies très hautes,

mercredi, mai 13, 2009

d'autre part

J’en ai un peu marre d’un tas de choses, c’est pas pour en avoir marre, pas vraiment, lasse de la surproduction, toutes ces choses partout, toutes ces choses magnifiques, en général j’adore, plus on est de choses plue on s’envie, et je prends des bols de céréales entre les canons, pour mieux en profiter. Parfois, je bois une bière avec une pile de livres, ou des fringales de robes et autres chausse-pieds, ça fait comme une toute nouvelle possibilité d’être moi, comme une autre, toujours une autre. J’aurais bien aimé être strip teaseuse quelque part.

vendredi, mai 01, 2009

J’aurais dû naître irlandaise, dans une petite maison pleine de petites fleurs, sur les murs, sur les tasses, les rideaux (il y aurait forcément eu des rideaux), sur les draps, dans les assiettes, et sur les fauteuils. Des petites fleurs, ou des petits motifs, des pois, des points (quelle est la différence entre un pois et un point ?), des lignes. Ou autre. A la place, je suis née dans une maison, où les murs étaient probablement blancs, avec sans doute une petite table de nuit à côté du lit, en bois blanc, une lampe de chevet un peu dorée, je ne sais, je n’en sais rien du tout, ce qu’il y avait dans la chambre, un grand lit et un petit berceau, je suppose, peut-être une table, et une armoire, des draps blancs. Je me souviens, quand j’étais à l’hôpital, en Irlande, il y avait des couvre-lits à fleurs et on buvait du thé avec des toasts.

lundi, avril 20, 2009

22h55

On en est où, là, j’en suis où, ça fait comme ces livres lus, en petites miettes, oubliés et repris dix fois, par hasard, on voudrait les finir, avancer, mais ils se perdent dans un sac, sous un meuble, ou un autre qui prend le dessus, et ça passe, comme ça, puis on les cherche, c’était quand même un bon livre, toutes ces poches, on aimerait savoir la fin, s’ils vont continuer comme ça, ou pas, on se souvient que ce personnage, ou cette situation, le ressort dramatique, il faut pas lâcher, le morceau, mais la paresse, une certaine paresse qui ressemble à un destin, le bastion des insatisfactions satisfaites, ce livre, et cette histoire, un peu perdues de vue, c’est la mienne, quelques minutes de silence, quelques semaines de silence, quelques mois, et si ça tourne en années,

Ce silence inattendu, et les mots qui tournent dans la tête, encore, toujours, pas les mêmes, après tout, ça commence à faire quelques années que les mots et les idées, à un moment, c’était une question de principes, les principes, tout ce qui tournait autour des origines, pas les miennes, c’était une façon de parler, ce qu’on peut obtenir en plongeant très loin au fond de sa tête, et je pensais, que la tête, je n’ai jamais été une forte tête, mais je finissais tous les livres, un par un, c’est la fille de Deleuze, je crois, qui lit les classiques un par un dans l’ordre alphabétique, dans le désordre, je ne suis pas la fille de Deleuze, ou la fille de quelqu’un d’autre, ça ressemblait à une trame, des livres, des mots, et des stylos, quoique, couac, en tout cas, c’est la fille de quelqu’un de célèbre,

Vieillir, et ne plus foncer tête baissée dans le décor, la tête ailleurs, une petite prise de tête, sur ce qui ressemblait à une perspective, l’immense, infini, no limit, ça veut dire qu’on a le temps, bien sûr, qui pourrait compter ses heures, interminable vie,

Et puis, un soir, c’est le soir, on n’est plus la fille de Deleuze, et on ne l’a jamais été, jamais, les livres traînent infinis, à force de poursuivre un lapin blanc qui n’arrête pas de regarder sa montre,

Toutes ces histoires de gens qui ont fait, ou dit, ou pas, parfois rien fait ou rien dit, mais tellement écrit, des pages, et des milliers, de pages, dans toutes les langues, les heures, ça fait comme une petite montagne de livres, il n’y a qu’à fouiller dans toutes ces poches, sous les meubles, dans les tables de nuit, empilés, et retourner à la ligne,